Étape 3 sur 7
La maison, la mangeoire et l’« hôtellerie »
Luc 2:6–7 · Luc 22:11 · Luc 10:34
« Elle enfanta son fils premier-né. Elle l’emmaillota, et le coucha dans une crèche, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans l’hôtellerie. » C’est tout ce que Luc dit du lieu : une mangeoire (la « crèche » de la LSG), et un kataluma où il n’y avait pas de place. Aucun aubergiste, aucune étable, aucun animal n’est nommé.
Dans la scène
Une maison de village la nuit, sans son toit. Choisissez comment lire Luc 2:7 : une maison de famille, avec la pièce de vie sur un sol surélevé, la partie basse des bêtes près de la porte, des mangeoires de pierre le long du bord et la salle des hôtes déjà pleine ; ou la grotte derrière la maison, où la tradition la plus ancienne situe la naissance.
Comment lire Luc 2:7
Ce qui appuie cette lecture · Une maison de famille
Le kataluma compris comme la salle des hôtes d’une maison de village. Cette salle était pleine : Marie accoucha donc dans la pièce familiale, et l’enfant fut couché dans une mangeoire au bord du sol surélevé, où les animaux mangeaient depuis la partie basse.
- Plausible
Dans Luc 2:7, kataluma désigne une salle des hôtes ou un lieu où loger dans une maison, et non une auberge commerciale. Luc l’emploie pour la salle du dernier repas (22:11), et un autre mot, pandocheion, pour l’hôtellerie du bon Samaritain (10:34). (Luc 22:11; Luc 10:34)
- Kenneth E. Bailey, Jesus Through Middle Eastern Eyes (IVP Academic, 2008), chap. 1 ; et « The Manger and the Inn », Theological Review 2 (1979).
- Stephen C. Carlson, « The Accommodations of Joseph and Mary in Bethlehem: κατάλυμα in Luke 2.7 », New Testament Studies 56 (2010) : 326–342.
- Plausible
Les maisons de village avaient une partie basse où les animaux passaient la nuit, avec des mangeoires le long du sol surélevé où vivait la famille. C’est bien attesté dans les maisons palestiniennes traditionnelles, et cela s’accorde avec les indices bibliques d’animaux gardés dans la maison. (1 Samuel 28:24; Luc 13:15)
- Gustaf Dalman, Arbeit und Sitte in Palästina, vol. 7 : Das Haus (1942).
- Kenneth E. Bailey, Jesus Through Middle Eastern Eyes (IVP Academic, 2008), chap. 1 ; et « The Manger and the Inn », Theological Review 2 (1979).
- Yizhar Hirschfeld, The Palestinian Dwelling in the Roman-Byzantine Period (Jérusalem : Franciscan Printing Press, 1995).
- Hypothétique
Le texte ne dit pas qui occupait la salle des hôtes. On pense naturellement à des parents venus en ville pour le même recensement.
Texte biblique
Luc 2:6–7
6Pendant qu’ils étaient là, le temps où Marie devait accoucher arriva, 7et elle enfanta son fils premier-né. Elle l’emmaillota, et le coucha dans une crèche, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans l’hôtellerie.
Luc 22:11
11et vous direz au maître de la maison: Le maître te dit: Où est le lieu où je mangerai la Pâque avec mes disciples?
Luc 10:34
34Il s’approcha, et banda ses plaies, en y versant de l’huile et du vin; puis il le mit sur sa propre monture, le conduisit à une hôtellerie, et prit soin de lui.
+ 1 Samuel 28:24; Luc 13:15
Louis Segond 1910 (LSG)
Contexte
- Kataluma
- Le mot de Luc désigne un lieu où séjourner, où loger. Luc l’emploie encore pour la salle où Jésus mangea la Pâque (22:11), et un autre mot, pandocheion, pour une auberge commerciale (10:34). Beaucoup de spécialistes comprennent donc 2:7 ainsi : il n’y avait pas de place dans la salle des hôtes. L’espace réservé aux hôtes était déjà occupé, et la naissance eut lieu dans la pièce principale, au milieu de la maisonnée.
- Les bêtes dans la maison
- Dans les maisons de village palestiniennes, jusqu’au XXe siècle, la famille vivait sur un sol surélevé ; la nuit, on faisait entrer les animaux dans une partie plus basse, près de la porte, pour les protéger et pour la chaleur. Les mangeoires, auges de pierre ou creux ménagés au bord du sol surélevé, étaient accessibles depuis les deux niveaux. Comparez le veau gras que la femme avait « chez elle » (1 Samuel 28:24), et Luc 13:15, où l’on détache le bœuf ou l’âne « de la crèche » : c’est le même mot grec que pour la mangeoire de 2:7.
- Un accueil, pas un rejet
- Joseph revenait dans la ville de sa famille. Dans une culture villageoise où l’hospitalité allait de soi, un descendant de David arrivant avec sa femme enceinte aurait été accueilli. La phrase de Luc parle d’un manque de place, pas d’un refus.
Quel est notre degré de certitude ?
- Explicite dans le texte
Marie emmaillota elle-même l’enfant et le coucha dans une mangeoire (une auge pour le bétail), parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans le kataluma. (Luc 2:7)
- Explicite dans le texte
Aucun aubergiste n’apparaît dans le récit de Luc, et personne ne repousse le couple. (Luc 2:7)
- Hypothétique
Une grange en bois à l’écart de la maison, comme dans bien des tableaux européens, ne trouve d’appui ni dans le texte ni dans l’architecture des villages de Judée, qui employait la pierre et les grottes.
- Yizhar Hirschfeld, The Palestinian Dwelling in the Roman-Byzantine Period (Jérusalem : Franciscan Printing Press, 1995).
- Hypothétique
Le bœuf et l’âne des crèches de Noël viennent d’Ésaïe 1:3, lu en parallèle avec le récit (et de l’Évangile du Pseudo-Matthieu, vers le VIIe siècle). Luc ne nomme aucun animal, même si une mangeoire suppose qu’il y en avait à proximité. (Ésaïe 1:3)
- Évangile du Pseudo-Matthieu 14 (vers le VIIe siècle).
- Choix artistique
La taille de la maison, le nombre de mangeoires, les lampes et les personnes dans la salle des hôtes sont des choix de la reconstitution.
- Plausible
Les mangeoires sont figurées comme des auges en calcaire au bassin creusé, remplies de foin à ras bord, et celle de la grotte comme une auge taillée dans une banquette rocheuse. On connaît des auges de pierre dans les maisons et les étables du pays, certaines taillées dans le roc des grottes, mais Luc ne décrit pas cette mangeoire-là. (Luc 2:7)
- Yizhar Hirschfeld, The Palestinian Dwelling in the Roman-Byzantine Period (Jérusalem : Franciscan Printing Press, 1995).
- Choix artistique
Une douce lumière d’appoint éclaire la mangeoire dans les vues de nuit, pour qu’on la distingue sur un téléphone ou au vidéoprojecteur. C’est une aide pédagogique : cette nuit-là, la pièce n’avait que ses lampes à huile et les braises du foyer.
L’image habituelle face au texte
L’image habituelle
Un aubergiste refusa Marie et Joseph et les envoya dans une étable.Ce que dit le texteExplicite dans le texteChez Luc, ni aubergiste ni refus. Il n’y avait « pas de place pour eux » dans le kataluma, un mot que Luc emploie pour une salle des hôtes (22:11), et non pour l’hôtellerie du bon Samaritain (10:34). (Luc 2:7; Luc 22:11; Luc 10:34)
L’image habituelle
Une grange ou une étable en bois, à l’écart de la maison.Ce que dit le textePlausibleLuc ne mentionne qu’une mangeoire. La partie basse d’une maison familiale, où dormaient les animaux, ou une grotte servant d’étable conviennent aux villages de Judée ; une grange en bois, non. (Luc 2:7)
L’image habituelle
Un bœuf et un âne veillaient sur la mangeoire.Ce que dit le texteHypothétiqueLuc ne nomme aucun animal. Le bœuf et l’âne viennent d’Ésaïe 1:3, dans la tradition postérieure, même si une mangeoire suppose des animaux à proximité. (Ésaïe 1:3)

